La littérature féminine a été à l’honneur dimanche passé au Centre culturel français d’Alger. Une journée de travail ayant pour thème «littérature au féminin, écriture exutoire, écriture formatrice» a été organisée et a réuni écrivaines, cadres, romancières qui ont tenté de cerner les spécificités et la force de la parole, prise par les femmes.
Manel Ait Mekidèche, cadre dans une entreprise algérienne, est longuement revenue sur les écrits de Leïla Sebbar, romancière algérienne à travers sa correspondance avec Nancy Houston, une écrivaine canadienne.
«Leïla Sebbar admire les femmes excentriques, en marge, rebelles, guerrières ou aventurières, en exil de leur sexe, de leur milieu social, de leur terre natale, de leur religion et de leur condition de femme», soutient la conférencière, ajoutant que cette journaliste nouvelliste rédigeait ses textes dans les cafés, des endroits insolites, autrefois interdits aux femmes, ces dernières ne pouvaient s’y aventurer, de peur d’être prises pour ce qu’elles ne sont pas. De ce groupe de femme qu’elle vénère, Leïla Sebbar exclut pourtant les femmes battues et les prostituées, car elles symbolisent la chute féminine et sexuelle.
«Je crois, avait dit Sebbar, que ce qui me fait peur c’est d’assister à l’exhibition du féminin millénaire ou être violée. Le futur est une arme aiguisée, pour sortir du gouffre vers la lumière, un moyen d’ascension vers le sommet, une traque incessante contre la solitude de l’exil». Ait Mekideche précise que écrire est une sorte d’exorcisme pour Sebbar «par des mirages de lumières». C’est aussi sortir de «ses bas fonds» et du gouffre asile. «Asile au sens asile d’aliénés, les lieux de la folie, où le corps et l’âme sont sous surveillance et on ne peut plus décider, ni entrer ni sortir, ni ouvrir ni fermer une porte comme en prison, mais c’est pire». Evoquant Nancy Houston, Ait Mekidèche affirme que cette romancière n’éprouve aucune sympathie pour des icônes comme Jeanne d’Arc et refuse de croire que la seule force concevable est la force virile. «Son écriture est également un combat violent, même s’il est distancé et euphémisé».
Houston avait dit : «Si pour faire l’Histoire, il faut qu’une femme tue en elle la bergère et la mère, je préfère rester sans Histoire ou plutôt parce que je ne suis pas une sainte, mettre toute ma violence à écrire des histoires», indique l’oratrice.
Comme Sebbar, l’acte d’écrire pour Houston est tout aussi marqué par «le souci d’une reconquête d’une puissance perdue d’un tonus dégradé par la chute que représente l’exil. Mais il semble le résultat d’un long trajet imaginaire qui euphémise l’agressivité virile en mots magiques».
Durant la matinée et jusqu’en fin d’après-midi, d’autres sujets ont été abordés, notamment l’écriture de Françoise Sagan, l’écriture féminine en spectacle Anne Hébert, autobiographie, autofictions, jeux narratifs, vers une écriture formatrice chez Marguerite Duras… La rencontre été parsemée de lectures poétiques et de chants d’étudiants, accompagnés de guitare, autour du même thème. Sublime.
Par Irane Belkhedi
Source : Le jour d'Algérie