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Les femmes sous-représentées dans la course aux législatives en Algérie

05/04/2007 - Lu 1064 fois
La liste des candidats aux élections législatives prévues le 17 mai en Algérie devait être publiée à minuit le 1er avril. De nombreux partis politiques présentent des femmes sur leurs listes, mais les tendances conservatrices du pays empêcheront probablement ces femmes d'être élues.

En dépit de leur forte présence dans la vie quotidienne du pays, les femmes algériennes demeurent encore relativement absentes aussi bien au sein des instances législatives qu’au niveau des partis politiques. Lors de la préparation des élections législatives prévues le 17 mai, un certain nombre de partis se sont fait un point d'honneur d'annoncer que leurs listes comportaient des femmes. Toutefois, aucun parti n'a adopté le système des quotas de femmes et le nombre de candidates reste peu élevé.

 

Le Parti des Travailleurs, un parti de gauche, affirme présenter 14 femmes comme tête de listes. Le Front de Libération Nationale (FLN), parti majoritaire à l’assemblée, présente 72 femmes sur un total de 525 candidats à travers tout le pays. Le MSP (Mouvement pour la Société de la Paix), membre de la coalition de gouvernement, a annoncé que 20 pour cent de ses candidats sont des femmes. "Nous relevons une hésitation des cadres du parti à admettre la mise en avant d'une candidature féminine sous prétexte qu’elle a moins de chance d’être élue. Alors que c’est au parti de forcer les tabous en imposant le principe de l’égalité des chances", affirme Halima Benzaghou, militante de base du FLN.

"La représentation féminine ne doit pas être le fait de quotas réservés à l’avance, mais le résultat d’une compétence à imposer. La question ne doit pas relever du genre", déclare Mouloud Anouar, un cadre du FLN à Magharebia.

Salima Merad, une militante associative de l’Organisation pour l’Emancipation de la Femme, déplore le "décalage entre le discours des responsables politiques et la réalité".

La caractéristique semble commune à tous les pays du Maghreb, si l’on se fie à une étude comparative qui a porté sur la représentation des femmes dans les institutions politiques de la région. Cette étude a été conduite par le Centre d'Information et de Documentation pour les Droits de l'Enfant et de la Femme (CIDDEF), en partenariat avec le Fonds de Développement des Nations-Unies pour la Femme (UNIFEM).

Cette étude fait ressortir les principaux facteurs induisant le difficile accès des femmes aux candidatures. La raison principale de cette absence des femmes dans les instances législatives tient au fait que peu d'entre elles apparaissent sur les listes de candidats des partis politiques. En Algérie, les chiffres cumulés pour cinq élections législatives sur la période 1977 à 2002 font ressortir une considérable disproportion entre les femmes et les hommes dans l’accès aux candidatures. Le nombre de candidatures féminines s’est élevé en 2002 à 694, soit une moyenne de 5,5 pour cent, alors qu’en 1977, leur nombre ne dépassait pas 39 candidates – une évolution certes, mais qui reste insignifiante par rapport à la totalité des 4 500 candidatures.

L’étude relève un quasi-monopole masculin en matière de direction politique. La participation directe des femmes aux activités gouvernementales en Algérie, en Tunisie et au Maroc est extrêmement faible. Aucune femme n'a fait partie des neuf premiers gouvernements, et ce n'est qu'en 1984 que les deux premières femmes ont fait leur entrée au gouvernement – l'une en tant que ministre, l'autre en tant que vice-ministre. En 2002, on comptait cinq femmes au gouvernement – un ministre et quatre ministres délégués. L'étude montre également que les femmes ayant participé à un gouvernement étaient en général confinées à des postes ministériels sans réels pouvoirs. Les experts du CIDDEF relèvent le fait que les femmes obtiennent le plus souvent les portefeuilles de la famille, de la condition féminine ou de l’émigration, ou sont souvent désignées à des postes de ministres déléguées.

Cette étude montre également que les femmes n'ont aucune influence sur les listes de candidats et ne sont pas partie prenantes à la création de partis poitiques ou de leurs programmes. En dépit des progrès réalisés au cours des trente dernières années, les tendances conservatrices de la société continuent de freiner l'avancée des femmes en politique. Les chercheurs reconnaissent que bien que quelques partis commencent à prendre des mesures pour augmenter le nombre de femmes dans leurs rangs, les progrès restent lent.

Lyes Aflou

Source : Magharebia