Le Jeune Indépendant : informer sur les droits de l’enfant et de la femme, voilà un noble objectif. Mais est-ce que vous avez les moyens de le réaliser ? Me Nadia Aït Zaï : Notre travail se concentre beaucoup plus sur la sensibilisation, la formation et la vulgarisation en faveur de la femme et de l’enfant pour qu’ils puissent connaître leurs droits et se défendre.
La sensibilisation reste le premier jalon pour défendre ses droits. Aujourd’hui, la sensibilisation fait défaut. Par exemple, une femme devant se marier doit connaître ses droits comme elle doit savoir que le mariage est un contrat négociable.
De nos jours, les femmes ont des connaissances limitées aux us et aux coutumes. Pour leur venir en aide, nous faisons l’écoute juridique et psychologique, des journées de formation, des séminaires, des journées d’études. Nous avons réalisé des études comme celles portant sur la représentativité politique des femmes dans les trois pays du Maghreb.
Nous avons réalisé un guide sur les amendements du code de la famille et un autre sur le code de la nationalité. On essaye de mettre à la disposition des associations des outils de vulgarisation et de sensibilisation des textes juridiques qui concernent la gent féminine.
Notre centre dispose d’une documentation sur les droits de l’enfant et de la femme. Il est ouvert à tout le monde : les associations, les pouvoirs publics, les médias et les chercheurs. Etant le seul centre à l’échelle nationale, nous recevons des visiteurs nationaux et étrangers.
Dernièrement, vous avez signé une convention avec l’Unicef. Peut-on comprendre par là que les autorités algériennes vous ont tourné le dos ? Notre relation avec les pouvoirs publics n’est pas basée sur des questions matérielles.
C’est un travail de concertation, de participation, des questions et thèmes de réflexion et de recherche. Nous venons en appui aux institutions avec lesquelles nous entretenons une relation de travail. L’Unicef nous a aidés à lancer le centre en 2003 […].
Nous avons signé une convention-cadre qui reprend uniquement les grandes lignes et les activités à réaliser. Le budget est établi en fonction du programme arrêté annuellement entre 2007 et 2011. L’aide sera un budget qui ne dépassera pas 15 000 euros annuellement.
Il existe des associations qui s’occupent de la situation de l’enfant et de la femme. Ont-elles réussi à attirer l’attention des pouvoirs publics ? La société civile est l’observatoire qui attire l’attention des pouvoirs publics sur des phénomènes à traiter et des problèmes à prendre en charge ainsi que des propositions pour régler certains obstacles.
Les associations qui font un travail de proximité vont développer ces thèmes pour permettre aux pouvoirs publics de se pencher sur des cas précis. Concernant la situation de l’enfant, la société civile a réussi à attirer leur attention puisque aujourd’hui il y a un projet de code de protection de l’enfance en discussion.
Il prendra en compte toutes les recommandations que les associations s’occupant de l’enfance ont déjà proposées au ministère délégué à la Famille et à la Condition féminine et aux autres secteurs concernés. Les problèmes de l’enfance concernent surtout les mécanismes de prise en charge, mais aussi la prise en charge des nouveaux maux sociaux, comme le cas des enfants de la rue qui est apparu à partir des années 1990 avec le tournant libéral qu’a pris l’Algérie.
Pensez-vous que les mécanismes et les moyens de prise en charge sont assez suffisants ? Le mécanisme existant consiste seulement à placer l’enfant par le juge des mineurs soit dans une famille, soit dans un centre. Il faut créer d’autres mécanismes ou améliorer ce qui existe.
Il faut qu’il y ait plus d’encadreurs, des centres de jour, de nuit et des centres aérés. Il faut une politique nationale pour la prise en charge de l’enfant. En outre, l’expérience des autres pays en la matière doit être exploitée.
L’enfant doit évoluer dans son milieu familial. Pour cela, il faut une amélioration de la situation de cette structure sociale. Il doit être replacé dans la famille et cette dernière aidée en axant le travail sur les parents, mettre en place les moyens de sa prise en charge car la famille est souvent défaillante en la matière à cause de sa pauvreté.
Ainsi, l’enfant se retrouve dans la rue, notamment si les parents sont absents. Ces enfants doivent être pris en charge et placés dans des centres où il doit y avoir un suivi par des encadreurs. Les femmes dans la vie politique ne sont pas nombreuses, bien que l’Algérie ait signé la convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW)… Personne ne veut entendre parler de mesures temporaires, même si les débats que nous avons lancés sur ce thème ont permis à certaines formations politiques d’en accepter juste le principe.
Les femmes sont peu représentées au Parlement, alors qu’elles constituent plus de la moitié de la population. Les partis qui sont les vecteurs de la représentativité n’ont pas joué le jeu. Ils ont plus utilisé la femme dans leurs discours pour… l’enfoncer.
Ils ne vont pas jusqu’à essayer de tenter d’éliminer la disproportion existant entre la représentativité des femmes et celle des hommes. En fait, il faut une réelle volonté pour impulser une politique en la matière, soit par une révision constitutionnelle, celle de la loi électorale ou de la loi sur les partis politiques, et ce dans l’objectif d’imposer un pourcentage de représentativité pour les femmes.
Cela est du ressort des pouvoirs publics qui doivent le mettre en place pour que les autres le réalisent, car les partis politiques qui auraient dû le faire ne l’ont pas fait. L’effort est venu de Louisa Hanoune qui a mis des femmes comme têtes de listes pour les législatives, bien qu’elle soit contre le système des quotas mais pour l’égalité des chances.
Au MSP, par contre, des candidates s’étaient retirées car leur classement ne leur permettait pas d’être élues. Ce qui est légitime ! La femme ne doit pas faire de la figuration, il faut qu’elle sache négocier sa place. Les amendements du code de la famille ont-ils apporté du nouveau à la situation de la femme ? Il y a une tentative de vouloir protéger la femme, mais ça reste des velléités.
Ce sont des efforts mais ce n’est pas assez. Des principes sont posés et il faut que ça se construise pour être appliqué. Par exemple, au lieu que la femme garde le domicile conjugal lors d’un divorce, et vu certaines spécificités, les juges préfèrent octroyer un loyer mais souvent avec un montant dérisoire.
Mais l’essentiel est dans la protection que la loi essaye d’assurer.
N. B.
Source : Le jeune indépendant